X-Men : Sentinel Project

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 Des hommes libres

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Scum
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MessageSujet: Des hommes libres   Jeu 2 Oct 2014 - 3:37

France, Juin 1941 dans un bar de bourgade appelé La Rose d'Epona

Un jeune homme s'approche du comptoir. L'air fringuant malgré la redingote brune sur son dos, les cheveux gominés et de petites lunettes rondes et noires chaussées sur son nez. Il commande un verre de vin. Rouge. Échange quelques banalités avec la serveuse, lui disant qu'elle est charmante dans sa robe. Puis alors qu'arrive l'addition, il fouille dans sa poche intérieure pour en extirper un bout de papier chiffonné sur lequel il tente de lire et d'articuler les mots : "D'Veriu Agage D'Bitu".

Le regard de la serveuse change alors du tout au tout, se faisant nerveux alors qu'il était rieur un instant plus tôt. Quittant le comptoir, elle va jeter un œil aux fenêtres de son établissement avant d'en tirer les rideaux. Elle fait signe ensuite à son client de la suivre, en silence, et le mène à la porte de la cave à vin. Après l'avoir ouverte, elle le laisse s'y engager et referme derrière lui.

En descendant l'escalier, le jeune homme interrompt une assemblée d'êtres bien particuliers qui discourent au milieu des étagères de tonneaux : ici un homme dont le corps de vapeurs peine à emplir ses vêtements, là un petit homme replet dont le verre lévite à son côté, tous deux côtoyant des humains ayant l'air, somme toute, humain. Mais il sait qu'ils ne le sont pas et c'est pour quoi il est là.

A son entrée, tous tournent sur lui un regard hostile. Du moins pour ceux qui ont un regard. Il leur sourit, se régalant de leur attention avant de scander :

"Bonjour amis époniens ! Me voici venu parler à un certain... Bernie. Il se pourrait selon ce que l'on m'a dit qu' il s'agisse du gourou de votre charmante équipe."

S'écartant de la table ronde à laquelle ils étaient accoudés, le groupe dévoile un authentique colosse à demi-humain. Habillé d'une chemise aux manches retroussées, de bretelles noires et d'une casquette grise, il est affublé d'une tête de serpent elle-même surmontée d'une crinière blanche et de cornes de bélier. Ses bras massifs sont couverts d'écailles, de fourrure et se terminent sur de larges mains griffues.

Sa tête reptilienne, pour le moment enfoncée entre ses épaules massives reste immobile alors qu'il fixe le nouvel arrivant de ses yeux jaunes aux pupilles fendues. D'une voix grave et rauque, il dit :

"C'est moi. Avance bleusaille. Qu'on perde pas de temps."

***

Gaule, 58av J.C. dans une forêt des Bituriges


Il trébuche, mord la poussière, se relève à la force de ses bras aux sabots fourchus. Mais peut-on encore appeler ça des bras ?

Malgré un corps à l'évidence quadrupède, il essaye encore de marcher sur deux pattes. Cela fait des lieux et des lieux qu'il court, trébuche, rampe et court à nouveau. Mais il ne s'arrête pas, malgré les écorchures et les estafilades sur son corps d'écailles et de fourrure salie, il ne s'arrête pas tant qu'il lui reste encore un peu de souffle.

La nuit est tombée et une forêt se profile, c'est sa chance. Pour la centième fois depuis qu'il a commencé à courir, il regarde derrière lui, son long cou reptilien se tordant pour que ses yeux jaunes ait le plus grand aperçu possible de ce qui se trame dans son dos.

Il ne voit rien mais la peur le prend toujours au ventre. Arrivé aux abords de la forêt, il se jette presque sous le couvert des arbres. Les brindilles craquent sous ses sabots, des branches basses se brisent et tombent lorsque ses cornes de bélier les percutent.

Finalement, il arrive dans un bosquet éclairé par la lune. Il s'effondre, à bout de souffle. Autour de lui la forêt bruisse, mais il n'en a cure pour le moment. Car rien n'est pire que ce à quoi il vient d'échapper.

Un nouveau bruissement plus proche l'alerte cependant. Il relève la tête, sa gueule entrouverte sur de longs crochets et une langue fourchue. Dans la clairière il voit une haute silhouette s'avancer. Haute de presque trois mètres elle est encore agrandie par d'immenses bois.
Un cerf ?

***

Le jeune mariole dans sa redingote s'avance vers ses interlocuteurs. Et à chaque mètre parcouru, son apparence s'altère : ses cheveux noirs gominés deviennent bruns et en bataille, son visage imberbe s'affine et voit progressivement pousser un bouc. Le détail le plus remarquable cependant, c'est que deux bois de cerf s'élèvent sur sa tête alors que ses jambes deviennent les pattes du même animal. Mais la transformation ne s'arrête pas à son corps et un triskèle celtique apparait à la boucle de sa ceinture, sa chemise blanche se fait bariolée, son pantalon se raccourcit, s'élargit et prend une teinte violette. Au final, ne restent inchangés que ses petites lunettes rondes et son sourire insolent.

Puisque toutes les chaises sont prises, il ne s'assied pas. Par contre il tend le bras pour s'emparer du verre de vin posé devant le dénommé Bernie. Il l'agite devant lui, faisant mine d'y poser un œil d'expert. Le grand homme-serpent qui avait alors jusque là la tête entre les épaules, allonge son cou de manière significative, réduisant la distance entre leurs visages. Sa gueule s'entrouvre sur un long sifflement et la vision de crochets pointus.

"_Je suppose que je devrais reposer ce verre, dit le jeune homme aux bois en s'exécutant aussitôt.
_Tu nous a trouvé. Bien joué p'tit malin.
_Merci ! s'exclame soudainement le petit malin en question, comme s'il n'avait attendu que cette remarque. Et laissez moi vous dire franchement que ça n'a pas été chose facile. Je veux dire, trouver les résistants normaux n'est déjà pas une partie de plaisir, mais s'attaquer aux paranormaux, vindieu !"

En joie, il tape de la main sur la table, jetant un regard circulaire à l'assistance qui ne partage pas son enthousiasme et répète alors :

"Vindieu ! Et ce mot de passe ?! s'esclaffe-t-il en sortant à nouveau le papier chiffonné de sa poche. Dveriu... Dveriou ? Yagage... Bref ! J'ai réussi à le prononcer une fois là-haut, que je sois baptisé si ça se reproduit encore ! Je plaisante, je suis juif. Juif de père en fils. Honnête. Juif mais honnête."

A la table, la plupart des présents échangent des regards interloqués, se demandant sans doute qui est ce clown. Leur chef lui, continue de fixer le jeune homme hilare, son cou se rétractant lentement à une taille plus humaine.

"Mais sérieusement, messieurs. Mes amis, commence-t-il en adoptant l'attitude du banquier qui doit expliquer à son client pourquoi c'est une mauvaise idée d'autoriser sa femme férue de belles robes à signer ses chèques. Je pressens que nous nous sommes lancés dans une fantaisie antique gauloise. Mais ne sommes nous pas allés trop loin avec ceci ? questionne-t-il en brandissant le bout de papier malmené.
_Euh... Nous ? demanda le petit homme replet.
_Oh pardon, je m'inclus peut-être un peu rapidement dans cette charmante communauté. Mais j-
_D'Veriu Agage D'Bitu, interrompt le serpent en articulant bien chaque syllabe. Ça veut dire : La vérité contre le monde. Tu saisis la chose ?
_Je saisis, oui, répond l'homme-cerf après une moue de réflexion. Mention double au fait que nous soyons les seuls dans ce pays à lutter contre l'oppression. Oppression étrangère ET gouvernementale dois-je préciser, mais aussi au fait que nous soyons l'incarnation de mythes et de phénomènes inexpliqués devenus réalité. Et ce malgré que personne dehors ne soit vraiment prêt à le comprendre ou l'accepter. Fantômas, dites moi si j'ai bon. termine-t-il en dégainant son doigt vers la silhouette brumeuse.
_Je suis le Fantôme de l'Opéra... répondit celle-ci dans un souffle.
_A si peu de choses.
_Bon, bon. T'es effectivement un petit malin. Mais te mets pas trop à l'aise, veux tu ?
_A dire vrai, il me faudrait une chaise pour me sentir à l'aise... Mais hormis ça, je me sens déjà ici comme chez moi..."

***

"Qui ose pénétrer ainsi dans mon domaine ?"

La silhouette aux bois de cerf s'avance à la lumière de la lune et le fuyard essoufflé peut alors la détailler plus précisément. Outre ses bois -qui étaient réellement des branches où quelques feuilles s'égaraient ici et là- il s'agissait d'un homme qui ne portait rien d'autre sur lui qu'un pantalon de lin et des peintures tribales. Un enchevêtrement de vignes et d'écorce entourait ses chevilles, ajoutant à sa stature déjà haute et massive un bon mètre de plus, sous la forme d'échasses végétales à l'apparence de pattes de cerf.

Le fugitif, qui était resté sur le flanc baisse la tête devant cette apparition, commençant à balbutier entre deux sifflements abruptes :

"E-excusez moi, esprit de ces bois. Je ne suis qu'un... Un homme, venu trouver refuge sous la cime des arbres. Je ne voulais pas importuner... Vous importuner. Qui que vous soyez."

Son souffle lui revient peu à peu, tout comme sa clarté d'esprit et  -décidé à ne pas se laisser intimider plus longtemps- le fugitif relève la tête, seulement pour voir l'homme-cerf rire aux éclats, d'un rire fort et clair.

"Tu n'es pas plus un homme que je suis un esprit, serpent-bélier. Et je peux te garantir que je suis aussi réel que nous sommes égaux, toi et moi. Sache maintenant que tu es mon invité en ces lieux, et que je suis Cernunnos." conclut l'hôte des lieux en s'inclinant.

***

Pour la première fois depuis le début de leur rencontre, Bernie fait montre d'une émotion. A vrai dire, il rit de bon cœur -un rire tonitruant sur fond de sifflements répétés- et ses camarades à côté de lui le suivent, ce qui fait rouler le nouveau venu des yeux. Il trouvait leurs rires laids et en avait forcé de bien plus naturels.

"Cernunnos ?! Ce drôle ! Mais ne sommes nous pas allé trop loin avec ça ? qu'il me dit !" singeant les paroles du jeune homme aux bois de cerf en envoyant voler le bout de papier où était inscrit le mot de passe, Bernie s'efforce de calmer son hilarité car des coups de balais répétés se faisaient entendre au-dessus de leurs têtes.

"Aah... Le prend pas mal petit, t'as tout à fait le profil. Même si je te verrais plus en bouffon."

L'effort de l'assemblée pour ne pas déclencher une nouvelle tempête de rire est considérable.

"_Bon sans rire. C'est un joli nom, bien trouvé. Assez évident en fait. Mais pour de vrai, c'est quoi ton nom ?
_Philippe... Mes amis m'appellent Phil. Étrangement personne d'autre que ma mère -paix à son âme- ne m'a jamais appelé Filou, mais j'ai encore l'espoir que cela arrive un jour.
_D'accord, Phil. On va rentrer dans le vif du sujet maintenant. Jeannot, apporte lui une chaise. Et toi petit, raconte moi tout..."

***

"J'étais un homme, je vous le jure. Mais une sorcière m'a maudit, elle m'a changé. Elle voulait me garder comme... Sa chimère. J'ai pu lui échapper, mais elle a voulu me poursuivre. Je crois l'avoir semé, je n'ai pas cessé de courir depuis l'aube du jour."

Le ton du fugitif est pressant, paniqué. La peur qui se lit dans ses yeux est la meilleure preuve de sa bonne foi. Après avoir terminé son bref récit, il reprend d'une voix plus posée :

"_Merci pour votre accueil, Cernunnos. Mais si je reste, elle viendra me trouver ici et votre domaine sera en danger.
_Qu'elle vienne alors ! Je suis le seigneur de ces bois et elle n'en sortira pas vivante si elle vient causer du tort à ses habitants. Qui plus est... Tu m'es plus semblable que n'importe quelle créature de la forêt. Et j'ai pourtant pu converser avec chacune d'elle. C'est le don qui m'a été confié. Maintenant, quel est le tien, Serpent-Bélier ?"

D'une torsion de son long cou reptilien, le serpent bélier jauge son propre corps, se rendant compte qu'il avait de lui-même adopté la position quadrupède, inconsciemment.

"_J'ai bien peur qu'il n'y ait guère plus à ma malédiction que d'être un serpent-bélier...
_C'est quelque chose que nous prendrons le temps d'infirmer. Maintenant suis moi, à la rivière. Ta mésaventure a du t'assoiffer, et t'affamer. Je préparerais quelques fruits pendant que tu t'abreuves.
_Merci, seign- Cernunnos. Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous remercier ?
_Aide moi à entretenir ces lieux. Et je te promets que tant que tu seras à mes côtés, cet endroit sera le foyer le plus sûr que tu puisses trouver."

***

"_Et c'est pour ça que tant que vous m'aurez avec vous chers amis, vous n'aurez rien à craindre de la presse, de la gestapo ou même des secrétaires acariâtres de notre beau pays. Et entre nous ce sont les pires.
_Et tout ça... Parce que t'as le bras long, c'est ça ? résuma l'homme-reptile.
_Bernie, Bernie, Bernie... Mon vieux ! L'astuce n'est pas d'avoir le bras long, ni même d'avoir les deux bras longs, mais d'en avoir plusieurs paires ! Longs comme les jambes de... D'Edith Piaf ?
_Edith Piaf mesure à peine un mètre cinquante, gamin...
_Et c'est pour ça qu'elle chante au lieu de faire la potiche. Et moi aussi.
_Tu chantes ?
_Non. Enfin si mais uniquement pour les bar mitzvah. Mais recentrons nous sur le sujet, voulez vous ?!"

En guise de démonstration, Phil claque des doigts, devenant presque instantanément un gendarme. Il recommence, prenant la forme d'un gringalet en bretelles, puis d'un soldat allemand. Les claquements s’accélèrent alors qu'apparait le reste de l'escouade à ses côtés, puis il devient le maréchal vieux et fatigué tentant de discourir, Adolf Hitler réussissant à discourir. Encore une fois et les soldats supplémentaires disparaissent, et Phil retrouve l'apparence avec laquelle il est entré dans la pièce.

"_Ma préférée. Je m'en servais pour bosser au Canard Enchaîné. J'ai mis des mois à la perfectionner et la voilà au chômage maintenant... Ha Vichy, Vichy, va chier... dit-il entre ses dents, en prenant un air de fureur exagérée. Alors, qu'est-ce que vous en dites ? reprit-il avec le sourire.
_Honnêtement ? Tu m'as eu à 'juif honnête'."

Une chance que l'église du bourg sonne les dix-huit heures car même les coups de balais ne peuvent taire l'éclat des rires qui font trembler la cave à vin.


Dernière édition par Scum le Sam 13 Aoû 2016 - 4:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des hommes libres   Ven 12 Aoû 2016 - 6:13

France, Août 1942 dans une ferme du Loiret

Pas moins de trois camions de transport de troupes s'arrêtent devant la grange. Étonnamment les soldats qui en sortent ne sont pas plus d'une poignée. Le gros des passagers est rassemblé dans la grange, attendant d'être réparti dans les lourds véhicules. Les soldats, portant l'uniforme SS en rejoignent d'autres du même acabit qui gardaient les prisonniers en attendant leur arrivée.

Ils échangent quelques mots, en allemand, parlent déportation, effectifs des prisonniers, Pithiviers, camp de transit. Puis les ordres sont distribués. L'un des soldats se porte volontaire pour approvisionner les chauffeurs des camions en eau et en rations. D'un pas rigide, il contourne le premier véhicule, ouvre la portière, prend place dans l'habitacle.

"Alors, prêt pour le voyage ?" dit-il avec un sourire fin à l'adresse du soldat allemand.
Ce dernier, surpris qu'un camarade lui parle ainsi français, a tout juste le temps de tourner la tête qu'une main se plaque contre sa bouche, le collant à son siège. La morsure d'un long couteau vient le prendre au flanc, puis à la gorge et après un court temps de lutte, il s'affaisse.

Avant de quitter l'habitacle, l'imposteur dispose le corps de manière à ne pas éveiller les soupçons et passe au véhicule suivant. Garder la tête froide, ignorer l'appel de l'adrénaline. On prend vite goût à tuer des hommes, guère étonnant qu'on en ait développé toute une industrie au fil des siècles.

A l'arrière, les déportés commencent à être répartis entre les différents véhicules. Le brassage est implacable, pouvant paraître inutile. Mais la séparation des proches constitue une violence psychologique qui accompagne à merveille la violence plus physique des cris et de la maltraitance. Qu'ils portent l'étoile jaune, qu'ils soient accusés d'avoir caché des fugitifs ou suspectés de faire partie des opposants, tous sont embarqués.

Une fois les camions remplis, un soldat se dirige vers la grange pour s'assurer qu'aucun des prisonniers n'y est resté dissimulé. Un autre vient toquer aux vitres des chauffeurs pour leur signaler le départ imminent.

Un moment d'attente s'installe, durant lequel le soldat ne revient pas de la grange et les moteurs des véhicules ne démarrent pas. Un des soldats s'impatiente alors et vient ouvrir la portière du camion de tête pour en réprimander son chauffeur.

Le cadavre de ce dernier s'effondre mollement à ses pieds, son sang allant rejoindre la boue de la ferme.

La tension et la peur tombent comme une chape de plomb sur le groupe de soldats. Le silence de mort qui s'installe est rapidement soufflé par l'ordre d'inspection des autres véhicules. Les deux cadavres qui en tombent sont sans appel et les crans de sûreté sautent.

La machine armée allemande se met aussitôt en marche et les soldats restants aboient, hurlent, vont harceler les prisonniers pour qu'ils avouent qui a fait ça. Rapidement cependant, ils sont interrompus par un bruit d'os brisé retentissant depuis la grange.

Adossé à la paroi de cette dernière, ils reconnaissent celui des leurs qui s'était porté volontaire pour abreuver les chauffeurs assassinés. Ils assistent alors à une métamorphose qui les laisse pantois devant un jeune homme aux bois et aux jambes de cerf. Se curant les ongles avec un long couteau effilé, ce dernier les regarde par dessus de petites lunettes noires et rondes avec un air d'immense satisfaction.

"Etwas geht nicht meine Freunde?" demande-t-il avec un accent parfaitement mesuré.

Ils étaient huit au départ, et ne sont plus que quatre maintenant. Mais plutôt que de perdre la face, les soldats lèvent leurs armes, hurlant à la créature de mettre ses mains en l'air, de se rendre, d'obéir. Pourtant leur interlocuteur reste planté là, les bras croisés et semblant apprécier d'être tenu ainsi en joue.

"Coup de bélier dans trois, deux, un..." énumère-t-il.

A quelques pas de sa position, le mur de la grange explose. Pas à la force d'une bombe, mais sous le coup de boutoir d'un colosse reptilien cornu qui projette en tout sens éclats de bois, morceaux de planche, poussière de suie et de foin et un cadavre d'agent SS désarticulé. Le reste des soldats s'écarte vivement, se jette au sol. L'homme aux bois de cerf disparait dans un drapement de sa redingote brune. Les déportés poussent des cris de frayeur, se pressant les uns contre les autres sans quitter le couvert des camions dans lesquels on les a parqués.

Les soldats commencent tout juste à retrouver leurs esprits et à se relever que Bernie allonge ses deux bras velus et écailleux pour cueillir deux d'entre eux à la gorge. Les empoignant de ses grosses mains, il les agite comme des poupées de chiffon pour renverser à nouveau leurs deux camarades. Les nuques des deux agents ne tardent pas à céder et l'homme à la tête de serpent projette leurs corps sans vie dans la grange en ramenant ses mains à lui.

Des deux survivants au sol, l'un décide de rester à terre pour faire feu et met en joue le grand reptile aux cornes de bélier. Concentré sur sa tâche, il ne remarque l'homme-cerf allongé à côté de lui que lorsque ce dernier appuie le bout d'un revolver contre son nez.

"Mazal tov !" s'exclame Phil en pressant la gâchette.

Le dernier soldat, se rendant compte qu'il est le seul vivant et qu'il préfère le rester, décide de se relever pour mieux fuir et quitter la ferme à toutes jambes. Mais la main griffue de Bernie vient le saisir à l'épaule, le traînant en arrière. Sur un ton goguenard, l'homme-serpent déclare à son camarade venu le rejoindre :

"_T'es pas le seul à avoir le bras long ici, on dirait.
_Génial mon vieux, aussi drôle que les seize dernières fois que tu me l'as faite. Et comme pour chacune de ces seize dernières fois, permets moi de te demander...
_C'est pas la seule chose qui s'allonge chez toi, dis moi ?!" s'esclaffent les deux compères en chœur.

Après un court moment d'hilarité durant lequel il manque de perdre le soldat qui lutte contre sa poigne, Bernie finit par ajouter :

"_Tu les as vraiment comptées, hein ?
_Je les compterais tant que tu n'auras pas répondu à ma question."

Un nouveau rire se fait entendre avant que Bernie n'envoie en l'air l'homme en uniforme, ce dernier s'élevant dans un cri. Enfonçant ses bottes dans la boue, le grand reptile à cornes rentre la tête dans les épaules et fixe de ses yeux jaunes le corps en suspension dans les airs.

"Coup de bélier dans trois, deux, un..."

***

Gaule, 52 av JC dans la forêt de Cernunnos

Le soldat romain s'effondre lorsque le crâne du serpent-bélier le percute à pleine vitesse. La chimère, après avoir jeté son adversaire à terre, enfonce ses crochets dans sa gorge jusqu'à ce qu'il rende l'âme. A quelques pas de là, Cernunnos enfonce un long épieu acéré dans la poitrine d'un autre des envahisseurs et le repousse d'un coup de son sabot de bois.

Depuis les fourrés, un groupe de trois soldats a pris ses distance afin de bombarder les deux gardiens de la forêt à l'aide de frondes. Et là où Cernunnos parvient à dévier les projectiles grâce à sa lance, le corps du serpent-bélier prend la forme massive de celui d'un ours qui encaisse les roches sans mal.

L'homme-cerf tend ensuite son bras musculeux vers les hommes, et les vignes enroulées autour se déploient, claquant comme un fouet avant d'agripper le cou d'un des frondeurs. Les pieds du soldat quittent le sol alors que Cernunnos le ramène à lui pour le pourfendre et c'est à ce moment que ses camarades doivent encaisser la charge de l'ours immense qui abat ses larges pattes sur eux.

Lorsque le silence retombe sur la forêt et que le sang romain a souillé la terre, les deux gardiens se réunissent.

"_C'est le cinquième groupe d'éclaireurs qui entre dans le domaine ce mois-ci. Qu'est-ce qui peut bien les attirer ? demanda le serpent-bélier, que ces multiples intrusions inquiétaient.
_La guerre, mon ami. De plus en plus de troupes venues de Rome envahissent le territoire et affrontent les tribus de ces terres. Pour la prochaine, je te suggère de laisser au moins un survivant, qu'il porte un avertissement aux siens.
_Est-ce bien sage ? D'attirer l'attention sur nous ? Si ce sont les conflits des humains, ne serait-il pas plus avisé de les laisser les régler entre eux ?
_Non, déclara Cernunnos. J'ai passé beaucoup trop de temps à nouer des liens avec les habitants de ces terres. Mais ces hommes là, ajouta-t-il en désignant les hommes à terre. Il n'y a pas de place dans leur civilisation pour les êtres comme nous, ou pour nos forêts. Ils ne sont que pierre et fer."

L'homme aux bois de cerf se pencha au dessus du cadavre de l'un des romains et l'empoigna par le col, avant de le tirer à sa suite.

"Suis moi. Je vais te montrer pourquoi les êtres d'exception comme nous défendons les hommes ordinaires."

***

"_Écoute, j'en parle pas souvent, mais j'ai une femme et un marmot à la maison. Une fille. Marguerite et Mélissa.
_Oh... Et elles savent que tu... Phil préféra mimer des cornes de bélier plutôt que finir sa phrase.
_Non, évidemment que non, abruti. Dès que je suis devenu ce... Truc, je me suis fait la malle. De fait, je ne peux plus assurer leur sécurité comme je le devrais. Alors à la place, j'essaye de rendre le pays plus sûr. Par les temps qui courent, c'est pas vraiment du luxe.
_Ha, qui aurait deviné que derrière cette tête de lézard se cachait un père aimant ? s'écria Phil, avec des airs de dramaturge. Tes intentions sont plus que louables, très cher. Mais pourquoi tu me racontais tout ça déjà ?
_Pour répondre à ta question, p'tite tête. Pourquoi est-ce qu'on ne reste pas avec ces malheureux pour récolter quelques lauriers après leur avoir sauvé la peau ? le singea Bernie, avec un sifflement agacé. Le commun des mortels est à rayer de nos fréquentations. Pourtant certains comme moi y ont encore des attaches. Ce qui veut dire que notre devoir envers ce pays et ses habitants est toujours d'actualité."

Les personnes sauvées aujourd'hui en avaient vu bien assez pour faire jaser, et contrairement à Phil, tous les résistants surhumains ne pouvaient pas dissimuler leur identité sous un voile d'illusion.

"_Quand même, reprit Phil après un instant de silence. Ce serait bien d'aller leur parler. De montrer que le petit miracle qui les a sauvé est bien réel.
_Leur liberté est bien assez réelle comme ça...
_Et puis ça ferait un peu de publicité pour les phénomènes de foire ! De la bonne pour changer, dit l'illusionniste, taquin.
_Je t'en foutrais du phénomène de foire... D'autant que celui qui fait son petit spectacle ici, c'est toi."

Phil laissa échapper un ricanement amusé puis lui et son compère s'enfoncèrent dans les broussailles. Il convenait maintenant de rentrer à leur propre maquis sans croiser de patrouille en chemin. Le succès encourageant de leurs dernières opérations ne devait pas les rendre moins prudents, ils étaient peut-être surhumains, mais même celui qui pouvait se rendre invisible laissait des traces derrière lui.

"_Et toi ? Pourquoi tu as voulu rejoindre la résistance ? interrogea subitement Bernie.
_Et bien..."

***

"La gloire, les femmes, le banquet !"

Cernunnos étendit les bras, embrassant du regard la fête qui s'était organisée en l'honneur de sa participation à l'effort de guerre contre les envahisseurs romains. La tribu saurait faire bon usage de l'équipement récupéré sur les corps des soldats défaits et, avec la nouvelle de leur déité forestière luttant contre leur ennemi, le village était en liesse, sa confiance redoublée quant à la résolution du conflit. Le protecteur des forêts pouvaient donc bénéficier des honneurs, mais aussi des offrandes en bonnes chères et en bonnes chairs.

"Voilà pourquoi il est bon de protéger ces Hommes, mon ami. Ceux-là savent t'en remercier. Allons, prends place maintenant."

Son camarade le serpent-bélier restait pourtant encore bien réservé. Quadrupède, chimère de deux animaux, il restait en retrait et ne semblait pas vraiment prendre part aux festivités.

"_Ils vous en remercient vous, oui. C'est un banquet en votre honneur. Je ne sais pas si...
_Allons, si tu te comportes moins comme un dieu que comme une bête, c'est comme ça qu'ils te traiteront. C'est autant ta victoire que la mienne. Veux-tu que l'histoire se souvienne de toi comme d'un guerrier ou comme d'un animal de compagnie ?"

Bien qu'encore réticent, le serpent bélier s'installa du mieux qu'il put au banquet. Les autres convives ne surent tout d'abord trop comment le considérer, il le comprit à leurs regards qui glissaient de lui à Cernunnos, à la recherche d'un avis. Le dieu cerf, de sa voix forte et tonnante le présenta alors comme un autre dieu de la nature, puissant, sage, une incarnation des esprits des forêts venue à leur secours en ces temps troublés et dont la semence, à n'en pas douter, apporterait des enfants robustes et vaillants à la tribu. Il n'en fallut pas plus pour que le serpent-bélier se trouve aussi bien servi et entouré que son compère des forêts.

Tout compte fait, il pourrait s'y faire à cette vie...

***

Bernie laissa échapper un éclat de rire, avant de reprendre d'un ton moralisateur pour son cadet :

"C'est ça... Et tu veux pas une médaille du Général avec ? Écoute gamin si c'est les honneurs qui t'intéressent, t'as pas choisi le bon maquis. La plupart d'entre nous se contenteront de savoir leur pays libéré et leurs proches en sécurité. Mais même eux, on ne pourra pas les approcher pour célébrer la fin de la guerre. Et tu sais pourquoi. Parce qu'ils ne pourront pas nous considérer autrement que comme des monstres."

***

"_Ils ne peuvent pas nous considérer autrement que comme des dieux. Nos prouesses, notre nature sont au-delà de leur compréhension. Nous sommes des énigmes. Alors par crainte que ces énigmes se retournent contre eux, ils choisissent de les révérer, de leur donner des noms, puis des offrandes. Il ne peut en être autrement.
_Pourtant, des hommes avec d'autres dieux n'hésitent pas à s'en prendre à nous...
_C'est pourquoi il est important de défendre le peuple qui te traitera le mieux. Ainsi seulement tu trouveras ta place en ce monde."

***

"_Bernie, tu te rends compte que c'est ridicule tout de même ? On est ici à se battre pour -entre autres choses- qu'une partie de la population puisse circuler librement dans le pays sans avoir à se cacher ou à craindre pour sa vie. Et toi, tu acceptes ce sort sans rien dire ?
_Ma différence est autrement plus grande qu'un bout de peau manquant, gamin. Et je ne peux pas la cacher, comme toi.
_Alors à quoi ça te sert de défendre un pays... Un monde dans lequel tu n'as pas ta place ?
_Parce que j'y ai laissé un petit quelque chose, figure toi. Un petit bout de femme, qui crie et remue beaucoup tu te rappelles ?"

Phil resta silencieux un moment, sentant à quel point ses ambitions pouvaient être agaçantes pour celui qui n'avait d'autre priorité que d'assurer un avenir à ses proches et à lui-même, même séparés.

"J'ai compris... La famille c'est ce qui compte pour toi. Mais je dois dire qu'à moi ça me passe un peu au dessus du sifflet, depuis que je n'en ai plus."

Bernie s'arrêta à son tour, se tournant vers son camarade qui n'avait pas repris la marche. Compatissant, il tendit et étendit son bras pour l'agripper par une épaule et le mener à lui.

"Écoute Phil, je vais te dire un truc. T'en feras ce que tu voudras, comme ça te chante. Mais rien ne t'oblige à rentrer dans l'Histoire. Tout ce dont tu as besoin c'est que la tienne -et celles de ceux autour de toi- se termine bien."

***

"_Et parce que notre histoire est désormais intimement liée à ces personnes, nous devons les préserver comme nous nous préservons nous-mêmes. Car l'Histoire ne retient pas les vainqueurs ou les vaincus, seulement ceux qui sont encore là pour la raconter. Comprends-tu cela maintenant ?
_Oui. Oui, Cernunnos.
_Très bien. Maintenant profite de la fête et bois donc un peu de cette cervoise."
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Scum
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MessageSujet: Re: Des hommes libres   Mer 23 Nov 2016 - 20:20

France, Juin 1943 dans les forêts du Rhône

"_Presse toi un peu, gamin ! Je crois que j'ai pas besoin d'insister sur l'urgence de la situation, non ?
_Hoouf... Non, par contre c'est p'têtre moi qui devrait insister sur le fait que je ne suis pas la grosse bête de muscles et d'écailles ici."

Bernie poussa un sifflement agacé. Ils ratissaient les bosquets depuis un bon moment, sans avoir encore seulement entrevu leur objectif. Le mastodonte reptilien marqua toutefois une pause, le temps que son compère aux bois de cerf le rattrape.

"Et si...  commença Phil, essoufflé. Et si au lieu de nous faire courir dans tous les sens, tu te contentais de jeter un œil là haut." dit-il en pointant du doigt la cime des arbres.

Bonne idée, pensa l'écailleux avant d'allonger son cou du mieux qu'il pouvait, sa tête perçant au milieu des feuillages pour embrasser du regard les alentours. De là, il pouvait voir les villages dans les collines au delà de la forêt, mais ce furent de légers volutes de fumée qui attirèrent son attention.

"_Là-bas, y a de la fumée, rapporta Bernie en redescendant la tête et en pointant la direction repérée.
_De la fumée ? Ça peut pas être un feu de camp. Pas si tôt dans la journée. Tu crois qu'ils ont décidé de le mettre au bûcher ?
_C'est possible, avec les schleus, faut s'attendre à tout."

Sans plus se poser de questions, les deux mutants s'élancèrent dans les bois, en direction de ce qu'ils espéraient être leur objectif.

***

Gaule, 52 av. JC, dans la forêt de Cernunnos

Serpent-bélier trottinait dans les bois, attiré par une impression préoccupante. Cette partie de la forêt était bien silencieuse : les oiseaux s'étaient tus, les rongeurs n'arpentaient plus les hautes herbes et même les créatures plus robustes et bruyantes ne se faisaient pas entendre. Pour la chimère, cela n'augurait rien de bon. Et comme de juste, ses narines s'évasèrent lorsque l'odeur du sang se fit sentir. Sa tête ondulant dans les fourrés, le métamorphe finit par tomber sur la carcasse d'un grand oiseau de proie.

Étrange, se dit-il. Le cadavre semblait desséché, comme vidé de ses fluides et vieux de plusieurs jours, alors que le sang perlant sur ses plumes et l'odeur indiquaient une mort récente. Alors qu'il se demandait quelle créature avait opéré de la sorte, Serpent-bélier remarqua les entailles dans la chair de l'oiseau, deux perforations évoquant de longs crocs effilés. Pouvait-il s'agir d'un serpent ? En dehors de sa personne, il n'y avait aucun de ces reptiles qui soit capable de s'en prendre à un oiseau de proie. Alors qu'était-ce ? Un autre être extraordinaire était-il venu trouver refuge dans leurs bois, attiré par la légende de Cernunnos ? Dans ce cas, il fallait tout de suite en informer le dieu-cerf. Nul doute qu'il accueillerait ce nouvel arrivant aussi bien qu'il l'avait accueilli, lui.

Fouillant les alentours du regard, Serpent-bélier décida de s'attarder sur les lieux encore un moment, persuadé que l'individu qu'il recherchait était encore dans les parages. Il ne savait pas à quel point il avait raison.

***

"_Là. Je t'avais bien dit que c'était eux.
_D'accord, d'accord, mais est-ce qu'il est là, lui ?

"Lui" était un individu bien particulier, que l'Histoire tiendrait en haute estime. A la différence des deux compères, il était un homme ordinaire, sinon dans ses actes, au moins dans ses capacités. Et pourtant il était celui qui avait traversé la France en long et en large, sous le nez des occupants, afin d'organiser tous les réseaux de résistance sous un seul et même drapeau et d'en faire une force combattante unie destinée à préparer le pays pour la libération. "Lui", c'était Jean-Moulin.

Évidemment, le groupe très spécial de Bernie et Phil n'avait jamais rejoins cette résistance, du moins officiellement, car officieusement ils agissaient et pensaient comme les plus farouches des maquisards. Aussi, dès qu'ils avaient eu vent de la capture et de la déportation de cet homme, ils avaient remué ciel et terre pour obtenir le moindre indice quant à l'endroit où il avait été déplacé.

Bernie n'en attendait pas plus que la satisfaction du devoir accompli, mais Phil nourrissait d'autres espoirs. Jean-Moulin, le grand unificateur, celui qui avait obtenu des groupes de résistants qu'ils coopèrent malgré leurs objectifs, leurs méthodes et leurs allégeances politiques divergentes, cet homme là serait sans doute capable de reconnaître la valeur d'individus comme lui ou son ami à écailles et de les intégrer à l'Histoire telle qu'elle sera écrite par les vainqueurs. Pour le mutant aux bois de cerf, la reconnaissance d'un exploit comme la libération de ce héros français ouvrirait la porte à la reconnaissance des êtres extraordinaires par le pays tout entier.

Encore fallait-il pour cela le trouver, ce héros. Et vivant de préférence.

Le camp se trouvait au bout d'une chasse, si bien que les soldats avaient pu y venir en camion. Il n'y avait cependant que peu de tentes pour bien peu d'hommes. L'avantage de ce décor épars était que les deux mutants purent rapidement identifier leur cible.

"_Regarde, c'est lui ! Saucissonné dans un champ de tir. Ils comptaient vraiment l'abattre ici comme un chien et jeter son corps aux orties, constata Phil, ses oreilles sifflant de colère.
_Mouais... Ils respectent vraiment rien..." admit Bernie qui fouillait prudemment le camp du regard, à la recherche de tout élément qui pourrait rendre leur incursion plus difficile à mener. Il donna ensuite ses directives à son camarade et tous deux passèrent à l'action.

Se débarrasser des gardes ne fut pas difficile, et les deux mutants se trouvèrent bientôt face à la cible qu'ils devaient libérer. L'homme restait silencieux, ne semblant pas importuné ni même étonné par l'apparence extraordinaire de ces sauveurs, ce qui ne manqua de mettre la puce à l'oreille du mutant reptilien. Et alors que Phil défaisait ses liens, Bernie l'observait avec un air suspicieux.

"_Tu me donnerais pas un coup de main, dis ? réclama Phil.
_Attends voir. Y a un truc bizarre avec ce type.
_Quoi ? Tu penses que c'est un leurre ? Mais bon sang il est exactement comme sur les photos !
_Ben justement, je le trouve un peu terne. Presque... Monochrome."

Le mutant aux bois de cerf, interloqué, laissa tomber la corde défaite au sol pour se relever et jauger à son tour le résistant. Désormais libéré, ce dernier affichait un rictus de bien mauvaise augure.

***

"Te revoilà enfin... Ma création."

La voix qui se mit à glousser dans son dos fit sursauter Serpent-bélier. Il fut d'autant plus effrayé qu'il la connaissait bien, pour ce qu'elle s'était gravée en sa mémoire avec de biens terribles souvenirs. Et ceux-là ressurgirent aussi vivement que lorsqu'il les avait vécus, il y a plusieurs années maintenant. La sorcière monstrueuse qui s'était emparée de lui, les tortures qu'elle lui avait infligées, sa fuite éperdue jusque dans cette forêt même où il avait cru qu'elle ne pourrait jamais le trouver. Se retournant vivement, le cœur en proie à une peur panique, il fit face à celle qui fut la source de bien de ses cauchemars.

"Sorcière !"
s'exclama-t-il en reconnaissant avec stupeur qu'il n'avait rien imaginé, et que sa persécutrice se tenait bien devant lui.

La sorcière était une créature sortie des mythes. Le buste d'une femme monté sur le corps d'un serpent, celui-ci s'enroulant autour du tronc d'un arbre d'où elle avait semblé l'attendre. Des cheveux noirs ondulant jusqu'au creux des reins, un teint blafard et des yeux de serpent semblables aux siens. Mais ceux là étaient pleins de convoitise, là où lui les avait emplis de terreur. Le sourire de ravissement qui se dessinait jusque là sur la bouche de la femme-serpent se mua en grimace furieuse, alors que ses mains griffues étaient levées sur lui.

"Je t'ai déjà dis de m'appeler Reine Echidna !" scanda-t-elle en se dressant de tout son long.

Elle voulut se jeter sur lui, mais Serpent-bélier détala, son corps se changeant en celui d'un cerf vif et agile. La poursuite s'engagea dans les bois, secouant les broussailles alors que Serpent-bélier galopait à toute allure et appelait son ami Cernunnos. Sur ses talons, la sorcière ondulait follement entre les arbres, cherchant toujours à le prendre par le flanc, le forçant à bondir de gauche et de droite pour s'en sortir.

Un rideau de lierre s'abattit soudain sur la femme-serpent, qui s'empêtra dans ces entraves végétales. Comme animé d'une volonté propre celles-ci s'élevèrent ensuite, étendant Echidna les bras en croix entre deux arbres. Même la part reptilienne de son corps n'échappa pas à la plante grimpante et se trouva rapidement immobilisée. Celui qui avait réellement donné vie aux plantes se présenta alors, le grand Cernunnos aux bois de cerf et Serpent-bélier vint se réfugier derrière sa haute-stature tout en s'écriant :

"_C'est elle ! C'est elle la sorcière que j'ai fui il y a des années !
_C'était une bien mauvaise idée de venir trouver mon ami en ces lieux, sorcière, déclara Cernunnos, en approchant son interlocutrice sifflante de colère pour mieux la jauger.
_Je suis la Reine Echidna et je vais où bon me semble. Sache que ce que tu appelles 'ton ami' est ma propriété. C'est moi qui ait fait de lui ce qu'il est. C'est ma chimère.
_Ta 'chimère', est sous ma protection désormais. Je suis Cernunnos, le gardien de ces bois et de toutes les âmes qui y résident. Et je déclare que tu n'as plus aucun droit sur Serpent-bélier désormais."

Cette affirmation suscita l'hilarité chez Echidna qui se mit à rire au nez du seigneur des lieux, d'un rire clair et empreint de cruauté.

"Ton ignorance rend ton insolence d'autant plus ridicule, Cernunnos gardien des bois, reprit la femme plus sévèrement, ses yeux jaunes de serpent venant chercher ceux de son interlocuteur. Tu es peut-être le maître de la forêt, mais j'ai été la reine de bien plus que cela."

Elle lui accorda ensuite un sourire qu'elle voulait peut-être bienveillant mais qui irradiait de malfaisance.

"Rend moi ce qui m'appartient et il est possible que j'épargne ta vie. Soumets-toi à moi, et je te le garantis."

A cette proposition, la réponse de Cernunnos ne se fit pas attendre :

"_Tu apprendras que nous préférons mourir libres que de vivre en esclaves.
_Ainsssi sssoit-il." dit alors Echidna dont la langue fourchue frémissait d'anticipation.

Son regard, que soutenait celui farouche de Cernunnos irradia pendant un bref instant d'une énergie dorée. Lorsque cette décharge soudaine atteignit les iris marron du dieu cerf, ce dernier se figea. Du bout de ses sabots de bois et de la pointe de ses doigts, son corps se couvrait d'une mince pellicule de roche grise. Cette gangue minérale progressait de façon fulgurante, bloquant les muscles là où elle passait. Cernunnos comprit, bien que cela ne lui apportait rien, que tout son corps ne se couvrait pas de pierre, il devenait de pierre. La malédiction de la gorgone atteignit son cœur avant sa tête et le visage du dieu des forêts resta figé dans un désarroi éternel.

Colère et tristesse submergèrent la peur de Serpent-bélier, qui avait vu, sans pouvoir ni comprendre ni changer le sort de son ami et mentor.

"Sorcière ! Que lui as tu fait !" hurla-t-il à l'encontre de son ennemie mortelle.

Il voulut la charger, mais sans les pouvoirs de Cernunnos, le rideau de lierre qui entravait Echidna s'effondra de lui-même, libérant l'infâme créature. Fulgurante celle-ci se jeta sur la chimère, l'empoigna par le cou et la souleva du sol.

"La même chose que je te réserve si tu ne reprends pas la place qui est la tienne, insecte ! Alors, est-ce que tu veux mourir comme un idiot, ou vivre la vie pour laquelle je t'ai conçu ?"

Aux abois, Serpent-bélier ne vit qu'une solution susceptible de le sortir de ce mauvais pas. Sa gueule fondit sur le cou de sa tortionnaire, dans les chairs de laquelle il enfonça ses crochets et libéra son venin mortel. Dans un cri de douleur, Echidna le relâcha à terre, portant la main à sa plaie.

"Essaye de me tuer et vite maintenant, car tant que je vivrais, tu n'obtiendras rien de moi. Toi par contre, tu mourras bien assez tôt !"

Folle de rage, Echidna se jeta sur la chimère comme l'animal qu'elle était à moitié et l'étreignit dans ses anneaux puissants avant de lancer ses crocs contre sa gorge. Se faisant, ses cheveux prirent la forme de dizaines de serpents, qui mordirent à l'unisson la peau écailleuse du cou de leur victime, se repaissant de son sang à grandes goulées. Retirant ses lèvres d'où perlait le nectar carmin, Echidna attrapa la tête de son ancien serviteur pour le forcer à la regarder dans ses yeux qui s'illuminaient déjà d'une lueur dorée.

"Cernunnos et Serpent-bélier, susurra-t-elle avec un mépris palpable. L'Histoire se souviendra de vous comme de stupides légendes. Mais moi je me souviendrais de vous comme de deux stupides hommes."

***

Le rictus du prisonnier s'était mué en un rire franc, hilare et qui amena les deux mutants à échanger un regard interloqué.

"_Alors c'était vrai. Ce que j'avais entrevu. Il y a presque deux mille ans, j'assassinais vos ancêtres. Et voilà que le destin me met face à leurs descendants. Serpent-bélier et Cernunnos... C'est incroyable comme l'Histoire se répète. Oh... Mais on dirait que cette fois le rôle du mentor s'est inversé, dit-il en jaugeant Bernie avec un sourire amusé. Par contre, vous êtes toujours deux hommes bien stupides ! Ça ça n'a pas changé !
_Il se fout de nous ? s'étonna le grand écailleux.
_Ils l'ont frappé sur la tête ?" demanda son ami aux bois de cerf.

Alors, sous leurs yeux, celui qu'ils croyaient être venus sauver se métamorphosa, laissant apparaître une femme qui était pour moitié serpent. En dehors de ses déguisements, Echidna n'avait que peu changé : ses yeux jaunes aux pupilles fendues et son teint d'albâtre restaient les mêmes, mais ses cheveux noirs étaient désormais lisses et cascadaient dans son dos. Le regard qu'elle portait sur Bernie et Phil était autant empreint de mépris et de cruauté que celui qu'elle avait eu pour leurs lointains ancêtres.

"Toi ! cracha-t-elle en pointant le mutant écailleux du doigt. Sssette fois tu ne m'échapperas pas !"

D'abord stupéfaits, les deux résistants disparurent aux yeux de leur agresseuse lorsque Phil eut un grand mouvement de bras.

"Aaah... Illusion. Je vois que ta lignée a donné de belles capacités. Mais ça ne suffira pas !"

Se dressant de toute sa hauteur, Echidna inonda le campement d'un souffle de flammes. Décontenancé, Phil dut briser son artifice pour sauter à l'abri. Et lorsque le brasier retomba, il y avait désormais trois femmes-serpents arpentant le camp à leur recherche. Bernie voulut étendre le bras pour en frapper une, mais son poing ne rencontra que du vide.

"_Phil ! Laquelle que c'est, la vraie ?! beugla l'écailleux à son compagnon.
_Comment je le saurais, moi ?! Les illusions je les crée, je les défaits pas !"

Phil voulut sortir de son couvert, mais tomba nez à nez avec l'une des Echidna dont le coup de queue, douloureusement tangible l'envoya valser contre un arbre, au pied duquel il tomba, inconscient. En représailles, Bernie prit pour cible cette adversaire bien réelle et jeta sur elle le bidon évidé qui avait servi à accueillir le feu de camp. La gorgone leva ses bras devant elle, les couvrant d'excroissances osseuses solides qui lui permirent d'encaisser le coup.

Elle fondit ensuite sur le bras étendu de l'écailleux, ce dernier la ramenant avec lui en voulant retirer le membre qu'elle enserrait désormais entre ses anneaux. La lutte s'engagea entre les deux mutants reptiliens, Bernie grossissant ses poings pour frapper et tirer la gorgone, alors que celle-ci cherchait visiblement à le mordre. Des serpents prirent la place de ses cheveux, mais aussi de ses mains et poussèrent sur ses épaules, tous se joignant à ses efforts pour injecter un puissant venin au grand écailleux.

Mais au moment où ses crochets et ceux de ses serpents trouvaient prise dans les chairs de leur victime, Echidna sentit une autre morsure, froide, celle d'un couteau s'enfonçant dans son dos. Dans un cri, elle lâcha prise et s'effondra au sol. De là, elle put voir le Phil qu'elle avait étendu plus tôt s'évaporer, tandis que la voix du mutant aux bois de cerf, le vrai, sonnait tout près.

"_Allez lève-toi mon vieux, on décampe d'ici !
_Tu n'iras pas loin Serpent-bélier ! Vous n'irez pas loin tous les deux !" cracha la gorgone alors qu'elle portait une main à sa plaie, manipulant ses propres chairs pour résorber sa blessure.

Profitant de ce qu'elle souffrait le martyr, les deux compères se tirèrent du lieu de l'embuscade et s'enfoncèrent dans les bois avec force bruits et mouvements de broussaille. Ils trottinèrent ainsi plusieurs minutes, Phil se retournant régulièrement pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis malgré leur boucan. Le venin faisant effet, Bernie avait de plus en plus de mal à poser un pied devant l'autre et pesait lourd sur les épaules de son camarade plus frêle. Finalement, l'écailleux réclama qu'ils s'arrêtent et prit appui sur le tronc d'un arbre.

"_Écoute petit, ça va pas le faire. Je peux presque plus me porter et tu pourras pas non plus. Si on essaye d'avancer tous les deux, on y passera.
_Et qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je te laisse ici et que je partes devant sans me retourner ? C'est ça ? rétorqua Phil qui trouvait l'idée bien sûr ridicule.
_Je vais te demander un dernier service, p'tit. Une dernière mission.
_J'aime pas t'entendre dire ça. Et je pense que s'arrêter comme ça était une très mauvaise idée.
_C'est quequ'chose que je voulais te demander y a un moment..."

A mesure qu'il tentait de s'exprimer malgré le poison qui circulait dans ses veines, la voix de Bernie se faisait moins forte, les mots coulant mollement sur sa langue, si bien que Phil dut se tenir plus près de son camarade.

"_D'accord, vas-y je t'écoute, assura-t-il à contre-coeur.
_Avec tes pouvoirs, tu peux emmener ma famille loin d'ici. Loin d'ce pays. En Amérique p'têtre bien. Même si les alliés finissent par débarquer, ce sera un joyeux bordel et c'est pas un endroit pour elles. Tu peux faire ça pour moi, hein ?
_Evidemment que je peux faire ça, répondit Phil, bien heureux que les verres teintés de ses lunettes dissimulent ses yeux humides. Mais tu penses bien que je vais aussi devoir leur expliquer pourquoi t'es pas du voyage, hein ? Et ça, ça pourrait être plus difficile.
_Dis leur juste que j'veillais sur elles... Chais pas, tu trouveras un truc, c'est toi la pipelette ici.
_Evidemment. Evidemment.
_Allez file maintenant, vieux Filou, soupira l'écailleux avec un sourire, en poussant son camarade de la main. T'inquiète pas pour moi, chuis à peu près certain que je peux encaisser le venin de l'autre sorcière.
_J'espère pour toi que c'est vrai. Si tu t'en sors, promets moi de me le faire savoir."

Bernie balaya la remarque de la main, car la promesse n'avait pas besoin d'être formulée. Il laissa ensuite son camarade s'éloigner à grands pas. Ce dernier ne se retourna pas. Bonne chose. Ce n'était pas facile ce qu'il lui demandait, mais c'était un bon petit sous ses airs fanfarons.
Se laissant glisser le long de l'arbre, le colosse d'écaille s'assit dans l'herbe et souffla un bon coup. Ne pas s'agiter permettait de ralentir la circulation du venin dans son corps, c'était toujours une bonne chose, ça lui laissait du temps. Il ne connaissait pas l'étendue de ses propres pouvoirs, mais peut-être lui permettraient-ils de résister aux venins ? Ce serait fort commode.

Alors qu'il parvenait tant que bien mal à retrouver ses esprits, il entendit des bruits dans les feuillages, qu'un nouvel arrivant secouait doucement. Le poison l'avait cependant tant affaibli qu'il ne réagit pas avant qu'Echidna se trouve en face de lui, un sourire satisfait aux lèvres.

"_Comment trouves-tu ce poison ? Efficace n'est-ce pas ? Ton ancêtre m'y a fait goûter il y a presque deux mille ans. Je l'ai changé en pierre pour ça, j'ai laissé passer une occasion. Mais toi, toi tu vas venir avec moi. Tu me livreras tous les secrets de ta lignée.
_C'que tu veux d'moi, ça n'a rien à voir avec les allemands, hein ?
_Oh non... C'est beaucoup plus... Personnel. Mais si jamais ta langue se déliait, je suis certaine que je trouverais preneur pour toute information qui t'échapperait."

Bernie avait la gueule pâteuse, mais il réussit tout de même à articuler :

"_Moi vivant, t'auras rien, sorcière, siffla-t-il avec défiance. On est des hommes-libres.
_Ton ancêtre avait eu les mêmes mots. Mais les temps ont changés. Je n'ai plus besoin de toi vivant."

Echidna n'avait que rarement aussi largement souri. C'est qu'une revanche était d'autant plus délicieuse qu'on la couvait longtemps.


Dernière édition par Scum le Sam 17 Déc 2016 - 20:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Des hommes libres   Mer 23 Nov 2016 - 20:42

Épilogue

Alors que les armées romaines poussaient leur invasion dans la région où résidait Cernunnos, les tribus locales furent désemparées de retrouver leurs deux protecteurs changés en pierre, dans une posture laissant entendre qu'ils avaient rencontré une terrible créature. La perte de leurs divinités les convainquit de céder aux demandes de Vercingétorix, qui voulait pratiquer la politique de la terre brûlée sur leurs domaines, afin de priver les forces de César de leurs ressources.

Les statues de Cernunnos et de Serpent-bélier furent prises dans les incendies forestier et réduites à l'état de graviers par la destruction causée et les affres du temps.

***

Phil parvint à mettre la femme et la jeune fille de Bernie en sécurité, leur faisant traverser l'Atlantique pour trouver refuge dans la ville de New York. Leur procurant papiers et logis, il s'établit lui aussi aux États-Unis où il coula des jours paisibles. La famille de Bernie fit elle aussi son chemin, embrassant sa nouvelle vie malgré le deuil et malgré les difficultés.

Quant à Bernie, si ses lèvres restèrent scellées jusqu'à son trépas, son corps livra malgré lui bien des secrets à Echidna et à la section scientifique qu'elle commandait. Seul l'effondrement du Troisième Reich mit fin aux expériences de la gorgone, préservant pour le peu qu'il en restait la dépouille de l'écailleux.

Des années plus tard, Echidna retrouva la piste de mutants aux bois de cerf, qui la mena jusqu'à un Phil vieux et isolé. Après lui avoir extorqué autant de secrets qu'elle put en obtenir, elle se mit en chasse d'une nouvelle cible : la descendance de Bernie.
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